N-ost: le réseau des reporters d’Europe de l’Est

 

Touchés de plein fouet par l’éclatement de l’ex-URSS, les journalistes de l’Europe de l’Est cherchent à remonter la pente. Une association de correspondants germanophones s’est constituée et tisse, depuis plusieurs années, des liens avec cette zone esseulée de l’ancienne Union soviétique. Sergio Marx fait partie de ses dix rédacteurs qui siègent à Berlin. Pour Horizons Médiatiques, il revient sur son association et plus globalement sur l’état du journalisme dans cet espace.

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Horizons Médiatiques: Sergio Marx, pouvez-vous nous présenter rapidement l’association n-ost ?

À son origine, n-ost est une association basée sur un réseau de reporters en Europe de l’Est. Elle a vu le jour il y a dix ans maintenant. Elle a été créée par des correspondants germanophones qui avaient l’impression que la couverture allemande sur cet espace était remplie de clichés. Et comme ils étaient sur place, ils ont décidé de concentrer leur énergie pour aider les journalistes locaux à vendre leur papier.

Horizons Médiatiques: Quelles sont vos missions ?

Il y en a plusieurs. La première est de se positionner comme un intermédiaire entre les journalistes de l’est et les différentes rédactions. Dans les faits, les journalistes nous envoient les papiers et nous on les aides à les diffuser. En parallèle, on organise des sessions de travail et une conférence annuelle dans un pays différent.
Enfin depuis 2006, n-ost travaille aussi sur les aspects juridiques du journalisme. Par exemple, en rédigeant des rapports sur certaines situations ou en statuant en tant qu’expert parfois. Nous remmetons également un prix pour le meilleur reportage de l’année

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L’association n-ost est implantée dans 40 pays différents

Horizons Médiatiques: Vous travaillez sur l’Europe de l’Est, comment jugez-vous le journalisme dans cet espace ?

Cela varie d’un pays à l’autre. Tout est extrêmement lié au pouvoir politique du pays. Par exemple, en Biélorussie, le droit des journalistes demeure très réduit. Il y a beaucoup de procès pour des professionnels de l’information. Même situation en Russie, avec le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa où on ne connaît pas encore réellement les causes et les détails de l’affaire.

Il y aussi une crise financière importante qui oblige certains journalistes à se vendre à de grands groupes de presse. Ces grands oligopoles sont détenus par des hommes politiques et les journalistes sont forcés de se ranger de manière explicite sous un courant. Même si cela est également le cas dans l’Europe de l’Ouest parfois, c’est beaucoup plus marqué ici.

Horizons Médiatiques: Du coup, l’indépendance est remise en cause ?

C’est compliqué. Mais comme en Europe de l’Ouest, il y a des journalistes indépendants compétents. Ils connaissent parfaitement les qualités nécessaires pour réussir dans le milieu. Comme je l’ai précisé avant, avec la crise économique les journalistes n’ont pas le choix et doivent se rapprocher des grands groupes. La crise persiste comme en Europe de l’Ouest, mais les rentrées d’argent sont encore plus faibles à l’accoutumée. Donc c’est encore plus difficile. Néanmoins, il reste quelques blogueurs neutres qui font encore du journalisme.

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Horizons Médiatiques: Et quel regard portent les journalistes sur les réseaux sociaux ?

Comme vous l’imaginez, dans certains pays, l’usage des réseaux sociaux est extrêmement contrôlé comme la Russie. À l’inverse, dans d’autres pays comme en Lituanie par exemple, les réseaux sociaux sont fortement utilisés. Il faut dire également que les hommes politiques utilisent intensément Twitter, Facebook. Les hauts responsables quand ils souhaitent communiquer n’ont pas de service communication, ils le font eux-mêmes via les nouveaux moyens d’information. Du coup, la population a un rapport différent avec ces réseaux qu’en France par exemple. Mais, les journalistes l’utilisent en priorité comme un complément d’information.

Horizons Médiatiques: Pensez-vous que le journalistes, dans ces pays, à réussi à tirer profit des activités et services proposés par n-ost?

C’est difficile à dire, mais les retours sont plutôt bons pour le moment. Il suffit de voir le nombre de personnes qui souhaitent assister aux conférences (200 l’an passé). Il est en constante évolution. Cela montre que n-ost augmente sa visibilité et cela est plutôt bon signe. Après, c’est juste un échange d’idées donc très compliqué à analyser de manière technique.

Propos recueillis par Jérémy Ecoffet